La ville est morte - vive la ville - Boris Beth Korp (FR)

La ville est morte - Vive la ville !

Comme étudiée, décortiquée depuis des années, la ville occidentale d’aujourd’hui apparait comme une entité qui s’est complexifiée, ramifiée, morcelée de toute part. Gourmande des territoires qui l’entoure, elle les mange, les avale sans réelle volonté sociale, sans horizon pérenne à proposer à ses populations.

La ville générique se multiplie, se copie, s’intensifie dans ses maux en Orient, en Asie, en Amérique du Sud et en ce moment même en Afrique. Les mêmes erreurs structurelles se refont comme un déni non percé au sein de la communauté humaine. La ville est ce nouveau totem universelle, une religion qui aspire des pays entier comme à Istanbul. Les problèmes récurrents sont là et sont ressassés comme si de rien était, comme si nous n’avions pas de contre exemple - mais ils sont pourtant partout.

La ville ne produit pas, elle ingurgite. Ces urbanités au béton roi ont coupées la liaison ciel et terre : l’imperméabilité des sols est un drame. Pour tous. Elle rompt le contact entre ciel et terre. En débranchant la machine qui nous fait vivre, nous avons garrotté la perfusion et nous persistons jusqu’à la déshydratation.

N’avons nous pas renié notre essence - à preuve du contraire le béton ne se conjugue pas seul.

La mise en place d’un équilibre entre notre nature originelle et le besoin quasi unanime d’urbanité est urgent.

Au cours de mes stages, de mes enquêtes socio- photographiques j’ai pu voir à quel point la ville était en constante mutation.A chaque reportage, chaque visite de site pour mes projets j’avais l’impression que demain était déjà hier. Devant ce futur si insistant que faire? Quel est la place dans ce chaos d’un architecte en devenir? M’est-il permis de dire ici que le devoir d’allier l’homme en tant qu’être complexe et au desseins multiples à la construction de son chez-soi à t’il été perdu? A t’il été oublié dans des idéologies somme toute intéressantes mais comme disait Nietzsche « qui combat trop le monstre, devient monstre lui même ».

Les exemples de villes et d’antivilles sont omniprésent mais la matrice qui les génère impose de la revoir, de la revisiter au travers d’un parcours, par le biais de la réflexion sur les conséquences, les influences de chaque acte architectural. Que vais-je générer demain?

La place de l’architecte aujourd’hui est une place difficile car elle si situe en étau entre une économie dérégulée et une volonté urgente et permanente

d’habiter la ville. La rue est morte puisque nous la pensons sans humains. La violence est là car la frustration née d’être dans la ville sans y être est insoutenable. La misère des SDF et la folie guettent car le béton ne parle pas - il est mutique. Il reste du chemin, et les conclusions ne doivent pas être trop partiales, trop précipités dans ce tableau noir de particules fines pourtant plein d’espoirs, plein d’autres voies possibles et imaginables par nous.

Mal à l’aise avec sa propre nature et dans sa propre essence, la ville voit sa volonté de puissance diminuer – elle qui tente même la fuite dans ses « suburbs » pavillonnaires pour satisfaire une nouvelle envie née de sa propre saturation citadine.

La ville contemporaine s’étale, exclue, engouffre tout et ne produit rien : la ville est une énigme aveuglante. Le pire étant qu’elle ne se recycle même pas. Elle est devenue une de ces valeurs paradoxale avec qui il est difficile de vivre. Le signe d’un temps de vie épuisé. Sa mutation, trop lente, trop figée accouche encore de villes mortes nées dans les pays émergents.

A force de s’obstiner dans une nature contradictoire, la ville devient un poison aux formes hétéroclites allant de l’urbanité classique centrifuge désuète à une urbanité polycentrique sur-étalée. Elle qui prône parfois la densité transforme cette force verticale en bannissement. Elle qui chante une pseudo mixité ne fait qu’en réalité subordonner ses sujets.

Mais un vent nouveau semble souf er, chuchoter sur notre génération d’architectes. Quelles voies inexplorées s’ouvrent à nous, bâtisseurs des lendemains? Avons nous compris le passé et surtout la détresse du présent pour remodeler La Ville afin de ne pas en faire le pire des mondes possible?

Boris Beth Korp - www.bbkorp.com

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