lettre a Boris Beth Korp - Gérard Szwec (FR)

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Bonjour Monsieur,

Nous vous remercions de nous permettre d’utiliser votre photo sur le programme de notre journée scientifique et, ce, si nous avons bien compris, gracieusement.
Nous vous adressons, dans un courrier ci-joint, le texte qui présente le thème dont nous allons discuter à notre journée. Je viens de le relire, et je me rends compte qu’il a été écrit pour des psychanalystes déjà rompus au vocabulaire et la théorie freudienne, car ce sont les participants habituels de nos colloques.

Je vais essayer de vous dire plus simplement ce que nous entendons par « destructivité et désorganisations ».
A la fin de son œuvre, Freud a parlé de pulsions de mort pour désigner des tendances internes, des pulsions qui œuvrent en sens contraire des pulsions de vie. Pour réduire les tensions, elles exercent une poussée pour ramener l’être vivant à l’état anorganique, vers la mort.

Selon Freud, elles sont d’abord dirigées vers l’intérieur et tendent vers l’autodestruction, puis elles sont dirigées vers l’extérieur et se manifestent alors comme une pulsion d’agression ou de destruction.
C’est avec ces concepts théoriques freudiens que les psychanalystes essaient de comprendre les différentes formes que prend la destructivité chez leurs analysants, mais aussi dans les phénomènes collectifs tels que les guerres ou les massacres. Les psychanalystes de notre association, outre le fait qu’ils se réfèrent à l’œuvre et à la méthode freudienne, s’intéressent particulièrement aux problèmes que posent les cures psychanalytiques de patients ayant tendance à tomber malades (que nous ne confondons pas avec des faux malades, des névrosés hystériques ou des hypocondriaques). Nous pensons que certaines circonstances dérangeantes ou traumatiques qui sont variables selon les individus (par exemple la perte d’une personne proche, la retraite, un conflit au travail, etc ...) peuvent , chez ceux qui n’ont pas en eux suffisamment de moyens de défense psychiques pour y faire face (par le rêve, le fantasme, mais aussi des symptômes névrotiques ...) favoriser des maladies que nous envisageons comme des désorganisations somatiques. Certaines sont transitoires, bénignes et, après une crise ou une poussée, guérissent et sont suivies d’un redémarrage sous tous les plans. D’autres sont des désorganisations progressives inquiétantes, par exemple des maladies qui se compliquent de plus en plus, ou des rafales de maladies différentes, dans une évolution négative qui conduit parfois jusqu’à la mort.

En cherchant à étudier les rapports entre destructivité et désorganisations, nous voulons essayer de théoriser, avec la psychanalyse, cette tendance qu’ont certaines personnes à tomber malade, ce à propos de quoi tout reste à découvrir.
Pour l’illustration du programme de notre journée, nous avons pensé à des tableaux de Bacon ou d’autre peintres, à Guernica, à des ruines de guerre, etc, mais nous n’avons trouvé aucune image qui corresponde à la fois à la destructivité et à la désorganisation somatique. Votre photo, pour nous, s’en rapproche le plus en montrant une démolition, une déconstruction qui peut évoquer métaphoriquement la « désorganisation » dont nous parlons.

Mais pour dire les choses plus simplement, votre photo est saisissante et elle nous a beaucoup plu.
Vous avez fait surgir des ruines et de la destruction une esthétique et une certaine poésie. Nous sommes loin de votre démarche, mais si nous pouvions contribuer, de notre modeste place, à la faire connaître, nous en serions très heureux.

Bien cordialement,

Gérard Szwec Président

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